lundi 7 janvier 2013

Le marché automobile français peut-il relever la tête?



Le marché automobile français peut-il relever la tête?

Les ventes de véhicules neufs ont chuté dans l'Hexagone de 14% en 2012, pour atteindre leur plus bas en 15 ans. L'avis de Bernard Jullien, président du Gerpisa.



"Globalement, c'est tout le segment du milieu de gamme qui se retrouve aujourd'hui dans la tourmente", affirme Bernard Jullien.

2012, annus horribilis pour le marché automobile français. Les ventes de véhicules neufs ont enregistré l'année dernière une chute de 14% dans l'Hexagone, pour tomber sous le seuil de 1,9 millions d'immatriculations. Du jamais vu depuis 1997. Premières victimes de la morosité du secteur, les constructeurs français: les ventes de PSA et Renault ont respectivement chuté de 17,5% et 22,1% sur les douze derniers mois. Comment expliquer ce net recul des fleurons tricolores? Peut-on espérer une reprise en 2013? Réponses de Bernard Jullien, président du Gerpisa, le groupe d'étude et de recherche permanent sur l'industrie et les salariés de l'automobile.

Avec 1,899 million de véhicules neufs écoulés l'année dernière, le marché français a réalisé sa plus mauvaise performance en 15 ans. Comment expliquer ce délitement?

Cela tient tout simplement à ce que, avec la crise, le budget automobile des ménages et des entreprises a considérablement diminué. La hausse des prix du logement, premier poste de dépenses des Français, empêche tout report sur d'autres catégories de produits. Quant aux entreprises, elles ont peu renouvelé leur flotte depuis deux ans.

Pourquoi les constructeurs français, PSA Peugeot-Citroën et Renault-Dacia ont-ils été plus durement impactés que leurs concurrents étrangers par la baisse de la demande?

Il n'est pas tout a fait exact de dire que les marques françaises ont plus souffert de la crise que les marques étrangères. J'en veux pour preuve les résultats de General Motors, Ford ou Fiat, dont les ventes ont respectivement chuté de 18,2%, 19,8% et 23,7% entre janvier et décembre. Globalement, c'est tout le segment du milieu de gamme qui se retrouve aujourd'hui dans la tourmente. A l'inverse, les marques premium, comme Volkswagen, ont limité la casse (-5,1%, ndlr) ou même tiré leur épingle du jeu. Exemple, les ventes de Mercedes ont progressé de 5,3% sur la période.

Les ventes du coréen Hyundai-Kia ont décollé pour leur part de 28%. Quelles sont les raisons de ce succès?

Le succès de Hyundai tient principalement à ses offres commerciales attractives: garantie 7 ans, prêt à taux zéro, fiabilité mais modération des prix. Le constructeurs est aujourd'hui en mesure de consentir à de tels efforts sur le marché français car, contrairement à PSA ou Renault, il bénéficie de sources de profitabilité alternatives de par son implantation mondiale. Néanmoins, les bons résultats du coréen doivent être replacés dans la perspectives de son poids sur le marché hexagonal: il ne pèse aujourd'hui que pour 2,5% de la production nationale écoulée.

Quelles sont les perspectives pour 2013?

Elles sont mauvaises. Les politiques d'austérité, en France comme en Europe, vont orienter la demande à la baisse. De plus, les plans de restructuration de constructeurs comme PSA, Opel ou Ford n'auront aucune incidence économique sur les chiffres de l'année prochaine. Prenez PSA: la fermeture d'Aulnay-sous-Bois ne sera effective qu'au second semestre 2014. D'ici là, il faut s'attendre à des pertes mensuelles de 200 à 300 millions d'euros pour le constructeur jusqu'à l'échéance.

L'Etat doit-il davantage soutenir le secteur? Des aides publiques sont-elles prévues en 2013?

Le gouvernement a d'ores et déjà accentué son aide au secteur, avec la réévalutaion du bonus écologique en août 2012. Restrictions budgétaires obligent, il ne faudra sans doute compter sur aucune intervention publique supplémentaire cette année. D'ailleurs, les constructeurs ne le réclament pas. Ce n'est pas la demande qui doit s'adapter à l'offre mais le contraire.

Les sorties de nouveaux modèles peuvent-elles relancer les constructeurs français?

Il y a peu de chances. Les nouveautés françaises sorties à l'automne, la Clio 4 de Renault et la 208 de Peugeot n'ont pas rencontré le succès escompté. De plus, le positionnement des deux constructeurs sur les segments premium ou crossover ne sera effectif qu'à l'horizon 2014: avec la 2008 pour Peugeot et le Captur pour Renault.

Peut-on compter sur des renouvellement de véhicules anciens pour doper les ventes?

Même si la prime à la casse n'a pas été la cure de jouvence escomptée, le parc automobile français n'a pas suffisamment vieilli en 2 ans pour que se produise une telle éventualité. L'âge moyen d'un véhicule particulier en France est aujourd'hui de 8,1 ans. Un Français a roulé en moyenne 11 000 kilomètre en 2012. Donc statistiquement, un véhicule daté de 2004 a roulé à peine 100 000 kilomètres. Ce qui laisse une marge considérable.

Le marché de l'occasion en France pèse-t-il sur les ventes de voitures neuves?

Sans doute. Il représente en 2012 près du quadruple des transactions de véhicules neufs effectuées par les ménages. Les Français ont acheté environ 1,1 millions de voitures neuves l'année dernière, contre près de 4,5 millions de véhicules d'occasion.

Les marchés de l'hybride et de l'électrique ont-ils trouvé leur public?

Ce sont en tout cas des marchés en croissance, qui devrait se chiffrer autour d'un point de part de marché pour l'électrique (7858 voitures particulières en 2012, ndlr) et deux points pour l'hybride en 2013. La sortie de la Renault Zoé cette année, au prix d'environ 11 000 euros après bonus, va certainement rebattre les cartes de ce segment.

1 commentaire:

  1. il faut indiquer votre source (url complète)
    votre texte est bien proche du texte initial...

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